01/10/2013

Osez un métier technique !

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Alors que les demandeurs d’emploi sont en nombre croissant, de nombreux postes de techniciens restent désespérément inoccupés… Comment agir pour que le «match» ait lieu? Comment revaloriser ces métiers qui ne cessent d’évoluer? Six acteurs en ressources humaines ont fait part à JobsRégions de leurs préoccupations en la matière, de leurs défis, mais aussi de leur plan d’attaque.


Mécaniciens, électroniciens, électromécaniciens… Les entreprises sont prêtes à accueillir à bras ouverts des jeunes sortant des écoles techniques et professionnelles, mais ces études souffrent d’un déficit d’image et la main-d’œuvre réellement qualifiée est rare.
Quelques chiffres d’abord. Chez Electrabel, qui sort d’une année 2012 tumultueuse, la mobilité interne est privilégiée et le recrutement annuel dans sa filière «Production» s’élève cette année à une soixantaine de personnes en Belgique, dont principalement des techniciens et des ingénieurs. Chez Elia (100 à 120 engagements par an), Ores (150) et Sibelga (120-130), la proportion de profils techniques recherchés est respectivement de 80%, 65% et 40%. Point commun à ces trois gestionnaires de réseaux: ce sont les compétences opérationnelles en électricité et électromécanique qui sont les plus demandées. Mais la pénurie touche d’autres profils. «Nous cherchons des techniciens et des chefs de projets techniques, mais également des designers, c’est-à-dire des collaborateurs chargés de dessiner nos schémas électriques», explique Isabelle Deswez, qui souligne qu’Elia doit aujourd’hui s’atteler à de nombreux nouveaux défis, comme l’intégration des sources d’énergie renouvelable.
Si ce manque de main-d’œuvre s’explique en partie par l’effet baby-boom et les départs massifs à la retraite, Éric Bossart (Ores) admet que le secteur est face à un gros problème de compétences. «Les métiers muent avec les techniques et l’enseignement n’est pas toujours adapté…».


Des critères revus


«Avoir les mêmes problèmes, ça nous rapproche!», lance en souriant Jean-Marc Evrard, le directeur du TEC. «Notre groupe compte 900 techniciens affectés à la maintenance de notre parc d’autobus. Avec l’apparition des véhicules électriques et hybrides, ainsi que les nouvelles normes de pollution européennes, les compétences d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Le profil de mécanicien a évolué vers celui d’électromécanicien et le niveau de la main-d’œuvre ne suit pas. Nous sommes donc forcés de revoir nos critères d’engagement à la baisse et de nous atteler nous-mêmes à la formation».


Un problème que connaît également André Leclercq. Si la FN Herstal, filiale du Groupe Herstal qui appartient aujourd’hui à 100% à la Région wallonne, a engagé 145 personnes en 2012, les profils sont très variés puisque la société couvre toute la chaîne de l’armement depuis la conception à la vente, en passant par la production, le marketing, etc. «La moitié de notre personnel est constituée de techniciens», explique le responsable. «Ceux-ci sont affectés à la conception, à l’usinage et à l’assemblage des pièces, ainsi qu’à l’entretien de notre parc mécanique. Mais nous employons également des designers ainsi que des programmeurs. Dans notre domaine, évolution signifie automatisation et c’est là que le bât blesse le plus. Nous sommes également contraints de baisser notre curseur au niveau des exigences et d’accroître nos efforts en matière de formation.»
Les défis? Un enseignement adapté et une revalorisation de ces métiers techniques vers lesquels les jeunes sont peu poussés, alors qu’ils sont aujourd’hui les plus porteurs d’avenir.


Christian Sonon

(Copyright Photo: Raf Beckers - Electrabel)